Pearl Jam: Inciting a 'Riot'
De ANTHONY J. CERRETANI Colorado Daily Staff Editor
En 1993, Eddie Vedder de Pearl Jam faisait la couverture du Time Magazine, une figure du mouvement grunge de Seattle. 10 ans, 7 albums studio et une multitude de bootlegs plus tard, Pearl Jam a survécu à la dissolution, à la musique mondaine et à la réutilisation des hits de groupes qui n'étaient simplement un mouvement, un bruit, un endroit à un moment donné. Eddie Vedder, Mike McCready, Stone Gossard, Jeff Ament et Matt Cameron (le batteur le plus récent) ont dépassé le mouvement de leur début et se sont changé en un des pionniers du rock révisionniste. Au lieu de rester sur la tonalité, le modèle et l'énergie de leur premier album, Pearl Jam a changé, les musiciens se sont développés et expérimentés, parfois avec les éloges du public, parfois sans et parfois avec leur propre mécontentement.
"Nous nous sommes obstinés à essayer d'accroître notre créativité, parfois à notre détriment, parfois pour une chose géniale" indique le guitariste Mike McCready. "En tant qu'artiste, tu veux toujours te pousser afin d'augmenter tes horizons musicaux, enregistrer quelque chose d'une manière différente ou regarder une chanson d'une manière différente au lieu d'essayer de faire toujours la même chose parce que c'est sûr que ça sera un hit. Parce que la plupart du temps, tu ne sais pas si ce sera un hit. Les groupes ne le savent pas, ni les maisons de disques. Tu essais de te pousser en avant en tant qu'artiste. Au niveau musical, cela sort sous formes différentes et notre catalogue de titres est un bon exemple.
Malgré des expériences qui ont poussé les frontières du statut de leur groupe, l'impact de la renommé a faillit séparer les membres du groupe. Les rumeurs d'une dissolution se sont répandues au milieu des années 90, avec la possibilité toujours présente que Vedder prenne la route.
"Il y a eu des périodes lorsque nous voyagions, Eddie était dans un fourgon et nous, nous étions dans un avion. C'était une situation totalement différente autour de 195-1996" a indiqué McCready. "Il y a eu des périodes où nous disions, merde, est-ce qu'on veut toujours être un groupe ou non?"
McCready parle de la pression sur Vedder en tant qu'un des problèmes principaux que le groupe a dû traiter, mais grâce à la franchise entre les membres et les amis du groupe ont permis à Pearl Jam de continuer à travailler ensemble.
"Il était comme grillé" a dit McCready à propos du frontman de Pearl Jam. "Nous étions, tous deux, sur des chemins séparés. Il y avait le groupe et lui. Il y a eu quelques périodes comme cela. Il faut réagir, s'ouvrir à la communication. Tu dois pouvoir exprimer tes ressentiments, tes soucis ou les bonnes choses sans cela tout tombe en morceau."
Le groupe a abandonné les feux des projecteurs, évité les vidéos et s'est focalisé sur ce qui semble devenir secondaire pour MTV: la musique. Ils ont été traités d'outsiders, mis de côté et critiqué, mais ce changement serait finalement un rapport des idéaux particuliers et du son propres au groupe, qui donne à la musique une vraie "texture".
"Nous n'avons pas vraiment changé, individuellement parlant." commente McCready à propos de la célébrité apportée par le succès de Pearl Jam. On ne traîne pas dans les fêtes de Hollywood ni ce genre de choses. Vous pouvez vous acheter tout l'aspect "célébrité" des choses, mais c'est à 98% du business, mais pour nous, il s'agit seulement de jouer de la musique que nous aimons. On se souvient de cette période pendant laquelle on cherchait à ne pas le faire, ou à essayer de supporter le côté business. De cette façon là, vous vous préservez en quelque sorte".
Leurs choix éloignent le groupe des projecteurs tout en préservant ses idéaux.
"Je pense que, en tant que groupe, nous nous sommes retirés à un point crucial de notre carrière, où nous avons reçu une énorme reconnaissance et que ça a été très pénible à Eddie. A ce moment-là, le groupe était un peu dans l'optique "Ok, prenons la chose à bras le corps, c'est ce que nous avons toujours voulu, alors allons-y". Mais si nous avions continué à faire ça - à faire des vidéos, et des tonnes d'interviews - nous n'en serions pas sorti, Eddie aurait peut-être envoyé tout ça au diable et nous n'aurions que deux disques dans notre catalogue..."
Pearl Jam débute la partie américaine de sa tournée "Riot Act" à Denver ce 1er avril et transporte avec lui tout le testament d'une décade de collaborations et d'influences, issues de leurs propres interactions mais aussi des projets latéraux tels que Mother Love Bone de Gossard et Ament, Shadow de McCready, et Bad Radio de Vedder. C'est cette expérience et cette myriade de projets latéraux - sans oublier le fait que le groupe ne se voit pas quotidiennement - qui ont donné à tous ce sens de la longévité et qui permet à chacun d'apporter au sein du groupe un peu plus de sa propre créativité.
"C'est une sorte de responsabilité que de faire ça. J'ai du revêtir une autre casquette pour ça", dit McCready, savourant ses vacances d'été hors du groupe. "Cela vous donne beaucoup de confiance pour ensuite rejouer avec Pearl Jam. C'est amusant de jouer avec des amis et des personnes qui ont des idées différentes. Après ça, c'est comme si, en retournant avec Pearl Jam, vous rentriez à la maison."
"Riot Act" n'est pas, dans beaucoup de sens, représentatif des années passés de Pearl Jam et ses centres d'intérêts et ses thèmes sont bien loin de ce que toutes les critique peuvent deviner. Leur base de fans et leur place dans le monde de la musique sont bien différentes aujourd'hui.
"Je suis certain que nous avons perdu des fans avec les années, mais heureusement aussi, nous en avons gagné, l'un dans l'autre. Mais si on ne fait plus assez de presse ou choses dans le genre dans la société actuelle, on a tendance à vous oublier de ce fait, parce que c'est une société axée sur les ordinateurs - du genre "Qui est in en ce moment?". Et vous vous perdez vite là-dedans".
Mais McCready garde une certaine foi dans la musique elle-même, citant les exploits et le succès récent de Phish, un groupe dont il n'était pas fan avant de voir les lèvres de Trey Anastasio sur "Saturday Night Live." Comme Pearl Jam, Phish cherche à éviter la sphère digitale de MTV, trouvant sa place dans un type de carrière plus sincère.
"Je les regarde et ces gars vont très bien et ils ne font pas de vidéos ou de trucs dans le genre. Je pense que c'est deux genres totalement différents de musique mais je nous retrouve dans cette catégorie précise".
Ce côté "sincère" de la musique "old school" serait peut-être la raison pour laquelle MTV ne s'intéresse plus au travail du groupe. En fait, le réseau n'était pas intéressé par les vidéos réalisées par Pearl Jam eux-mêmes, et ce fut un revirement ironique lorsque Pearl Jam a abandonné les clips.
"Je suppose que même lorsque nous envoyons quelque chose à MTV, ils n'en veulent pas. Je pense qu'ils sont au dessus de nous".
Mais cela ne signifie pas que ce soit une mauvaise chose que de suivre sa propre route et d'être suivi par une certaine catégorie d'auditeurs.
"C'est dur à regarder", dit McCready du contenu actuel de MTV. "Il y a des trucs vraiment faciles, dont des versions pompées sur des choses qui ont déjà été faites. Je suis certain qu'on nous a déjà accusé de ça. C'est la manière dont les choses fonctionnent. Les gens trouvent un certain son et s'y habituent et puis ça devient McDonaldisé ou Starbucksizé".
Mais McCready garde espoir en l'état du rock, citant des groupes comme The Strokes et l'hybride Rage Against the Machine-Chris Cornell, Audioslave.
"Riot Act" traite de thèmes controversés et sensible, aussi ponctuels et émouvants que les temps dont lesquels nous vivons et n'hésite pas s'engager dans la complexité de la politique et de l'avarice, dans des événements chargés en émotion dont le 9-11 et le concert au Danemark qui a coûté la vie à neuf fans de Pearl Jam. Il est des problèmes qu'Eddie Vedder semble creuser profondément dans des chansons comme "Love Boat Captain" et "Cropduster". Dans "Green Disease," et "Help Help," la politique, l'avarice et l'argent font une masse qui mécontente et qui questionne. "Riot Act" sait aussi se montrer calmement subtile. "Thumbing My Way", une ballade folk avec Vedder et sa guitare à leur apogée, pourrait bien être une de leurs plus belles chansons. Des pistes comme "Can't Keep", "Get Right" et "Save You" font monter le volume, rappelant ainsi les chansons-hymnes que Vedder & Co ont su exécuter au fil des ans.
Pour McCready, les concerts live sont un moyen de démontrer, de mettre en valeur et de compléter le travail accompli par le groupe dans le cadre confiné du studio, et également une chance de collaborer de manière créative sur scène.
"Cela indique ce que chaque membre a pu écouter et qui influence à présent ce qu'il fait. Vous traversez une période blues ou jazz ou punk rock et cela affecte très fortement le son de la musique que vous créez".
Des chansons comme le frappant "Save You" sont des grands moments pour le guitariste, comme le sont d'ailleurs d'autres titres auxquels il a cependant peu contribué.
"J'avais ramené une sorte de riff punk rock rigolo. C'est très amusant de l'interpréter en concert et je pense que les gens prennent leur pied avec. J'aime bien "Help Help", la chanson de Jeff. Je fais la guitare lead dessus. Je crois que ce que j'avais à apporter à ce disque, c'était les guitares lead".
Le groupe vit une période intéressante, délaissant le syndrome du groupe à une-tête-qui-écrit-les-chansons au profit de cinq membres qui collaborent à l'écriture. La musique, qui excite chaque membre du groupe, est catalysée par la communication.
"Eddie n'a jamais aussi bien chanté et il est vraiment dans le truc maintenant. Il a toujours été dans le truc, mais aujourd'hui il y est vraiment. Il se démène tout au long du concert".
La tournée Nord-Américaine débute à Denver, mais le groupe ne va certainement pas ralentir après ça. En plus d'une compilation de b-sides qui devrait sortir pendant que Pearl Jam sera en tournée - après que le groupe aura choisi environ 50 titres pour y figurer - ils rentreront probablement à nouveau en studio pour un nouveau disque, une nouvelle occasion pour McCready d'affirmer ses talents de soliste si évidents dans le catalogue de Pearl Jam.
A chaque fois que je fais ça, je suis excité; parce que c'est ce que je fais".
Pearl Jam joue au Pepsi Center de Denver le mardi 1er avril. Le concert commence à 19:30.