strummer a écrit :Non mais franchement vous trouvez pas que c'est une réussite cet album ? quasiment aucun commentaire, ça me questionne
Automne 2009 : sur un air de Seattle.
Il faut remonter à 1995 pour une telle simultanéité : cette année là, Alice In Chains sortait ce qui restait jusqu’à aujourd’hui son dernier produit studio : Grind, dont le dernier titre, Over Now, devait annoncer une bien triste suite : la mort par overdose du chanteur Layne Staley. De son côté, en 95, un autre grand représentant de la « vague » de Seattle, Pearl Jam, fournissait à l’idole Neil Young et son album Mirror Ball un band support de luxe.
En cet automne 2009, voilà donc les deux groupes, aux destins biens différents, à nouveau réunis dans les bacs, avec Back Gives Way to Blue pour la bande à Cantrell, qui n’avait rien vraiment produit depuis, et BackSpacer pour la bande à Vedder, déjà largement commenté sur ce forum, et plutôt bien accueilli pour sa fraîcheur, la pêche de ses titres punk-rock, la toujours crédible justesse de ses influences classic-rock, et ses finesses mélodiques.
Chez Alice In Chains, on fait tout en mid-tempo, mais rien de folk ou de punk. Ici, on est dans la lourdeur et la noirceur d’un gothic métal assumé. Les mélodies vocales sont travaillées, empruntes de mélancolie et de cynisme. Ainsi, le premier titre débute par le mot Hope, mais on comprend très vite que pour y parvenir, il a fallu passer de vie à trépas, et avoir perdu toute innocence et illusion. Le groupe, un temps qualifié de Joy Division du Grunge, porte cette image de martyr du business rock, à l’image de Nirvana. A une différence tout de même : Nirvana ne pouvait se remettre de la perte de Kurt Cobain, véritable maître à penser du power trio. Alice In Chains a toujours été, et reste, le groupe de Jerry Cantrell. L’arrivée de William Duval, sorte de Ben Harper métallique, n’y change rien. Ce dernier ne doit en fait pas être considéré comme le nouveau chanteur d’AIC, mais comme un membre à part entière qui accompagne, à la voix et à la guitare, les compositions et mélodies torturées de Cantrell. Sa voix est d’ailleurs peu mise en avant sur le mix, à l’exception du titre Last of My Kind, où il montre une véritable hargne. Sur l’ensemble, cette nouvelle voix se superpose à merveille à celle de Cantrell, apportant le même style de nuances qu’à l’époque de Staley. Le résultat est d’ailleurs très similaire, il faut bien l’avouer.
L’intro du premier titre, All secrets known, est taillée pour ouvrir un live, mais le titre ne prend jamais vraiment son essor, comme pour mieux préparer la suite. Check My Brain est un mélange de métal lourd hypnotique et de refrains plus enlevés, qui fracassent la bande FM aux States. Le résultat est imparable. Last of my kind, peut être le plus agressif de l’album, laisse le champ libre à William Duval, sur une composition proche de ce que faisait Metallica époque Black album, et le bougre s’en sort bien. Your decison, dans la veine de titres de l'EP Jar of flies, est la première pose, plutôt sophistiquée, la seconde venant avec le très beau et plus épuré When the sun rose again, titre lent faisant penser à ce fameux gang AliceMudGarden, sur le EP Sap. A Looking in view est, avec Check My brain, le deuxième single de l’album. Long, répétitif, il contient toutefois tout ce qu’on aime chez Alice. Notons encore Acid Bubble, titre excentrique par sa structure qui évoque l'album Facelift, ou Private Hell, qui semble tout droit sorti des sessions de l’album Dirt, référence du groupe. La balade finale Black Gives Way to Blue, Elton John au piano ou pas, ne percute pas mais clôt très bien l’album (que vient foutre cette grosse légume anti-rock avec AIC d’ailleurs ? C’est Staley que l’on commémore, pas une princesse britannique !) Au bilan, cet album est très homogène, et son ambiance gris foncé, entre sensation d’oppression et courants d’air glaciaux, faux espoirs de libération, est addictive. On y revient, pour tenter de comprendre... Le son, surtout volume à fond, est très bon, et tout ça se conclue sur une projection : vivement le 4 décembre prochain et leur passage à Paris, au Bataclan. Avant une visite de Pearl Jam ?