Vos Lectures

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Message par XWayne » Lun Mars 09, 2015 12:57 am

L'âme des guerriers, d'Alan Duff.

J'ai du voir le film il y a 20 ans sur Canal+, je n'en ai aucun souvenir, mais en lisant le livre je me dis que j'étais bien trop jeune: le récit se déroule en Nouvelle-Zélande en 1990, au sein d'une famille maorie rongée par la pauvreté, l'alcool et la violence conjugale, bien éloignée de ces fières racines (le titre original "Once Were Warriors" aurait pu être traduit en "Nous étios des guerriers"). Dès le début, on sent que cela ne peut que mal se terminer, et en effet cela part en tragédie(s) des pires façons. Mais le roman ne tombe pas dans un misérabilisme plombant, les personnages cherchent à sortir de leurs impasses, avec des fortunes diverses: le portrait de la mère est le plus marquant, prenant des coups (physiques et psychologiques) de toutes parts, avec un dernier chapitre qui marie le drame le plus terrible et l'espoir de jours meilleurs.
Je viens de découvrir qu'il existe 2 livres poursuivant le portrait de cette famille: je vais certainement passer sur un registre bien plus léger afin de ne pas me plomber les semaines à venir.
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Message par CrazyHorse » Lun Mars 09, 2015 2:21 am

Ta description m'a fait penser aux Rougon-Macquart: pauvreté, alcool, violence conjugale, fortunes diverses. (Mais j'en suis pas au point d'avoir envie de le lire, me demande pas pourquoi.) :D

Et donc, ça tombe bien vu que les Rougon-Macquart, je suis toujours dedans.

Au bonheur des dames: un des meilleurs romans de la série pour le moment. Il fallait le faire pourtant, intéresser un lecteur qui ne déteste rien de plus que de faire les magasins avec un roman sur le commerce du chiffon et l'émergence des grands magasins au détriment des petits. Je sais pas pourquoi, j'ai aimé ça. Peut-être que c'est bien écrit, allez savoir. Avec un happy end en prime, ce qui est exceptionnel chez Zola.

La joie de vivre: j'y vois encore un interlude, comme Une page d'amour. J'ai toujours un peu de mal avec les personnages excessivement naïfs ou gentils (ici une jeune orpheline recueillie par de lointains parents), qui se font piquer leur fric par leur famille sans rien dire et en tendant la joue gauche. C'est pas la première fois que je prends Zola la main dans le sac. Balzac aimait ça aussi, je comprends pas pourquoi. Le roman est un combat du pessimisme contre l'optimisme (un optimisme masochiste en plus). Je sais plus qui gagne à la fin.

Germinal: je vous ferai pas l'injure de dire quoi que ce soit sur ce roman. Chef d’œuvre, point. Mon seul regret, j'avais en permanence Renaud, Miou-Miou et Depardieu à l'esprit. C'est pas pire qu'Aznavour pour Le père Goriot mais c'est plus long.

L’œuvre: encore un excellent roman (mon préféré?). On y découvre le milieu de la peinture de l'époque (nouvelle école, salon des refusés, rivalités, hypocrisie de la critique). Zola le rend passionnant. Un peintre prometteur mais raté (le Claude du Ventre de Paris), une histoire d'amour magnifique mais vouée à l'échec et des morts juste comme il faut, que demander de plus. J'ai aussi adoré le personnage de Sandoz, ami fidèle du peintre maudit, auteur qui monte, mais quand même désabusé, bref Zola lui-même.

La terre: "Y en a un peu plus, je vous le mets quand même?" J'ai vraiment eu l'impression que Zola avait un compte à régler avec la paysannerie. Contrairement à Germinal, qui paraît à tout moment vraisemblable malgré sa violence, La terre est dans l'excès, à chaque page. L'ordure y est systématique, l'avidité extrême et les relations humaines (principalement familiales) abominables, sans le moindre bémol. Forcément, on ne peut que plaindre Jean Macquart, qui n'est pas chez lui, ne fait pas partie de la famille. Ça se lit agréablement mais on a du mal à y croire.

Le rêve: le roman intemporel de la série. On pourrait sans problème placer l'intrigue vers la fin du Moyen Âge: une jeune brodeuse adoptée, un fils d'évêque riche, une procession religieuse, une histoire d'amour impossible. Pas grand chose à se mettre sous la dent mais heureusement le roman est court, le plus court de la série.

La bête humaine: pas relu (voir beaucoup plus haut), par contre j'ai vu le film avec Jean Gabin. A part les très belles images dans la locomotive, ça ne vaut pas grand chose. L'histoire est bien trop amputée d'une série d'événements majeurs pour qu'on y comprenne quelque chose. Ah merci bien le cinéma. Lisez le bouquin, nom d'une Chouffe au fût.

Allez, plus que trois et je peux me replonger dans Dostoïevski.
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Message par strummer » Mar Mars 17, 2015 11:04 am

Lait de tigre, Stefanie de Velasco

C'est un roman initiatique comme tant d'autres qui a des défauts et des qualités, avant d'y aller plus en avant, juste une précision, pour les héros du livre je suis un vieux con (hihi).

Commençons par le moins, oui j'assume d'être un vieux con.

Ce sont des ados avec tous les clichés que cela implique, les parents sont cons, l'école c'est de la merde, un majeur est en apprentissage alors il peut acheter de l'alcool, les filles sont amoureuses, elles me font peur, car elles se barrent de la maison pour aller faire le trottoir. le style n'est pas la qualité première de ce premier roman est ressemble a beaucoup de coup de gueule de cette génération.
Du coup c'est comme lire un livre contre le racisme, un livre écrit par un amoureux du foot, un livre sur les champignons, sur la peinture etc etc

D'autres auteurs jeunes m'avaient plus impressionnés, je pense notamment à Phil Klay, Tristan Egolf et plus proche de ce bouquin Ismir Prcic.

et pourtant

IL y a du positif, ici on parle de cultures mêlées, bien plus sombre et torturé que chez Zadie Smith, à Berlin, y a aussi la zone, le plein emploi c'est du pipeau, y a donc de gamines qui ont des histoires de gamines, elles aiment, elles détestent, pour des raisons diverses, elles n'ont que des hybrides parentales, soit ils sont morts ou absents, mais ils ne sont pas là, l'enseignante débite des cours et part en vacances tandis que la gosses restent livrés à eux-mêmes, et ca boit, ca fume, ça se prostitue (2 fois) pour le fun.

Même si c'est inégal, je trouve, c'est quand même au-dessus de certaines daubes qui sortent régulièrement.

On est plus dans kids de Larry Clark que dans American pie, plus dans No Fun que dans une production Walt Disney.

C'est sale et poisseux comme un album des Ramones, c'est le portrait d'une certaine jeunesse berlinoise qui a de belles valeurs : l'amitié,l'entraide, la compassion, l'empathie mais qui ne se prend que des modèles abscons et dépassés (à leurs yeux ?) dans la gueule.

Et puis il y a toujours cette injustice, là nous sommes loin des standards du genre, quelqu'un stresse car peut-être il va se faire virer d'Allemagne, la cour de récré s'est agrandie, elle est à l'échelle d'un pays voire du monde.

Gardez cette rage, putain ca fait envie.

Ado est une très belle insulte.
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Message par CrazyHorse » Mar Avr 07, 2015 1:23 am

J'ai enfin fini la saga des Rougon-Macquart.

L'argent: même si on ne comprend rien à la finance, à la bourse, à la spéculation, on peut apprécier ce roman. Merci Emile. On retrouve ici Saccard (un Rougon qui a changé de nom) qui continue ses conneries spéculatives frauduleuses après l'immobilier dans La curée. Dans celui-ci, il est presque attachant dans sa folie des grandeurs. Il est condamné à la fin, ce qui nous rappelle que c'est un roman. Mais il évite la prison en s'exilant, grâce à son frère ministre qui veut éviter la disgrâce sur sa famille, ce qui nous rappelle que ce roman est très réaliste.

La débâcle: après une description très précise, journalistique, parfois laborieuse, de la retraite désastreusement désorganisée de l'armée française vers Sedan pendant la guerre franco-allemande de 1870, Zola nous offre un récit passionnant de la bataille de Sedan, de la déroute, de la capitulation de Napoléon III et donc de la chute de l'Empire, qui marque la fin historique des Rougon-Macquart. On suit le parcours de deux soldats amis, très différents évidemment, dont Jean Macquart (déjà vu dans La terre). Leur parcours se terminera dramatiquement, évidemment encore, lors de la Commune de Paris.

Le docteur Pascal: une fin en mode mineur pour une saga majeure de la littérature française. Outre l'histoire du docteur Pascal Rougon et de sa nièce Clotilde (fille de Saccard), on y apprend en vitesse (pas plus de deux ou trois pages) ce qui est arrivé aux derniers personnages encore vivants de la grande famille des Rougon-Macquart. Et c'est peut-être ce qu'il y a de plus intéressant dans ce roman. Pour le reste, Pascal (donc Zola) a développé une obsession scientifique à propos de l'hérédité. Ce n'est pas passionnant du tout, principalement parce qu'on peut affirmer aujourd'hui que sa théorie est saugrenue et tout sauf scientifique. Le roman a quand même son lot de morts bien sordides, c'est pas Zola pour rien.
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Re: Vos Lectures

Message par XWayne » Dim Avr 26, 2015 12:42 pm

Gone Girl, de Gillian Flynn.

Ayant vu l'adaptation de David Fincher au cinéma, l'effet de surprise était absent de ma lecture. Mais cela permet de s'attacher à la construction du récit (les chapitres alternent entre la vision de Nick et Amy), d'apprécier la fidélité de l'adaptation cinéma (réalisée par l'auteur elle-même) et de redécouvrir des éléments de la psychologie des personnages que j'avais oubliés. L'histoire reste terrifiante de par sa description des rapports humains, les mensonges quotidiens et les rôles que nous nous attribuons sous le regard des autres.
Je vais voir si je peux récupérer ses 2 romans précédents, Sharp Objects et Dark Places, afin de découvrir leurs futures adaptations après lecture cette fois.
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Ven Mai 01, 2015 8:24 pm

Le 6 mai James Ellroy revient avec Perfidia
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Re: Vos Lectures

Message par XWayne » Dim Mai 10, 2015 12:52 pm

En studio avec les Beatles, de Geoff Emerick (et Howard Massey).

Geoff Emerick a suivi les Beatles tout au long de leur carrière en tant qu'ingénieur du son, débutant sa carrière comme nouveau venu chez EMI lors de l'enregistrement de Love Me Do. Sa biographie est une plongée au plus près des membres du groupe, leurs personnalités, leurs relations, mais aussi sur les techniques d'enregistrements novatrices et les secrets de sessions qui doivent envie de ré-écouter attentivement certains titres.
Très attaché à Paul McCartney (avec qui il a souvent collaboré pour sa carrière solo) dont l'image semble idyllique, le portrait des 3 autres Beatles est moins admiratif, avec Ringo Starr très en retrait, George Harrison à la lutte sur ses parties guitare (jusqu'au White Album) et John Lennon qui se réinvente chaque année. Mais surtout, le livre prend beaucoup de recul sur le mythique studio Abbey Road, qui semble chargé de mauvais souvenirs pour le groupe, chose compréhensible vu le nombre d'heures passées à l'intérieur et les inévitables tensions.
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Dim Mai 17, 2015 6:33 pm

La Reine Margot, Alexandre Dumas

J'ai enfin et malheureusement fini ce roman. Malheureusement parce que c’est un petit bijou et enfin parce qu'il demande beaucoup de concentration et d'attention. Pléthores de personnages, d'intrigues, de rebondissements, de belles phrases ampoulées, de coups bas, de vilenies et d'Histoire pas de doutes c'est bien un roman d'Alexandre Dumas !

J'ai lu ce livre après avoir lu les douze enfants de Paris ça m'avait envie de mieux connaitre ce fait historique.

Non seulement, c'est passionnant mais en plus il y a plus de génie et de tenue dans une phrase de Dumas que dans un chapitre de Tim Willocks, mais j 'avoue qu'ayant lu les autres classiques de Dumas, cela ne m’étonnât pas outre mesure.

Sincèrement hormis l'utilisation des moyens de communication qui enlèveraient 300 pages au livre (et vas-y que je te donne une lettre, et vas-y que j’intercepte un coursier et qu'on va mander quelqu’un qui mettra 8 jours à faire ceci ou cela) tout le contenu du livre est superbe.

La quête du pouvoir, les amours purs, la magie noire, un livre empoisonné, des chausses-trappes m'ont littéralement transporté.

Si Hitchcock était Dumas, ce bouquin serait Vertigo et North by Northwest, les classiques sont des valeurs sûres, Dumas est à fond et son livre m'a autant plu que Les Misérables, bref du tout grand Art.
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Ven Mai 29, 2015 5:19 pm

Le premier dieu, Emanuel Carnevali

Il parait qu'en Italie ceux qui font pipi au lit, on leur coupe le zizi pour en faire des spaghettis, bon ça finalement il n'y a pas assez d'études empiriques afin de vérifier la véracité de cette sagesse populaire d'autant qu'en Angleterre il paraîtrait que ceux qui font caca par terre, derrière, pomme de terre etc... bon voilà tous les humoristes reconnus par la profession ont attesté de ma grande capacité à l'humour, donc je suis un humoriste, par contre si c’est ma voisine du dessus ou du dessous qui atteste cette vérité cela fait-il de moi un humoriste ? Vous avez deux heures.

Avec notre cher ami, je m'y perds, ou il est con comme ses pieds ou alors il est génial, il faut dire que seulement 3 écrivains disent qu'il est super et vu qu'ils (que je ne les connais pas) ne sont pas connus, leurs appréciations me laissent pantois.

C'est sûr, si Fante, Bukowski, Miller, et autres cabossés de la vie, de l'âme et donc de l'écriture avaient approuvés ce bouquin, on en aurait déjà entendu parler.

Il n'empêche, ce gars là, il part/fuit de l'Italie pour les USA et souhaite devenir écrivain, vu que question santé c'est pas demain la veille qu'il battra Jessie Owens à la course, donc il fait comme tous les autres ont fait avant lui, rien, des boulots de caca et il écrit, en anglais s'il vous plait.

Y a du bon, y a du moins bon, j'ai lu dans des critiques qu'il était un individu détestable, personnellement je m'en fiche, il y a de très belles phrases, et il y a du cliché, à boire et à manger en somme et puisqu'il n'est plus là pour se défendre, je laisse le soin à l'auteur de se justifier :

"Aimable ou détestable lecteur, je te dis adieu. A me suivre, tu n'as pas trop bridé ton imagination ou ton intelligence. Si ce que j'écris est trop facile à comprendre, tu en feras peu de cas ; et si c'est juste assez difficile, tu te sentiras le droit de me mépriser quelque peu, de me mépriser et de te réjouir d'avoir une intelligence supérieure à la mienne. Etant moi-même lecteur, je connais tes ruses. "
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Re: Vos Lectures

Message par XWayne » Mer Juil 08, 2015 1:49 am

World War Z: An Oral History of the Zombie War, de Max Brooks.

Après un guide décalé sur les techniques de survie face aux zombies, l'auteur aborde à nouveau les morts-vivants mais de manière journalistique, en imaginant un conflit mondial décrit via les témoignages de militaires, de médecins, de survivants. Contrairement aux histoires usuelles de zombies qui se consacrent à quelques personnes et leur point de vue limité à leur situation, l'échelle de l'invasion est ici bien retranscrite, avec des éléments scientifiques et politiques qui font du sens, entre marché noir des organes et tensions internationales qui explosent.
Même si certains points de vue sont inattendus et originaux (un astronaute, un plongeur sous-marin, un néo-samouraï aveugle...), le changement constant d'interlocuteur est perturbant, vu la profusion de récits. Ma lecture était très hachée, et mon intérêt a énormément varié selon les lieux et les histoires décrites: certaines méritaient d'être développées, d'autres m'ont laissé sur ma faim. S'il y a des batailles épiques et légendaires, elles sont toujours juste mentionnés, aucun personnage n'apporte de détail de l'intérieur, mais le but n'est pas là.
La narration via ces interviews apporte du recul face à la Grande Histoire sous-jacente, se focalisant sur les changements de ce monde, et traçant des parallèles avec le nôtre. Le film avec Brad Pitt (pas vu) a semble-t-il mis de côté cette approche pour proposer des bêtes scènes d'action, dommage.
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Re: Vos Lectures

Message par Denis » Mer Juil 08, 2015 9:38 am

Our Band Could Be Your Life, de Michael Azerrad.

Voir l'amuseur public des Foo Fighters se pavaner sur son trône m'a rappelé que je voulais vous parler de ce livre. Sorti en 2001, il évoque treize groupes qui n'ont jamais connu un grand succès commercial, mais dont l'importance et l'influence ont été énormes. Sur ces 13 groupes, seuls trois existent d'ailleurs toujours (et un seul, Mudhoney, ne s'est jamais séparé). Au fil des pages, on rencontre des légendes du rock indé des années 90 et Azerrad ne fait rien pour gommer leurs mauvaises manies, voire leur caractère complètement horrible. Greg Ginn était déjà une ordure à l'époque, et j'ai été surpris que le pourtant placide J Mascis était (est toujours?) un sale type passif-agressif. On apprend aussi comment pas mal de ces groupes se connaissaient, et on fait en sorte que la bonne parole se propage dans tous les USA : Thurston Moore et Ian MacKaye ont aidé directement ou indirectement des dizaines de groupes à faire leur trou. Et on rencontre quelques grands malades, comme Henry Rollins et son addiction au café, ou les Butthole Surfers, complètement cinglés.

Les groupes plus connus commercialement sont abordés indirectement, difficile de parler de Mudhoney sans évoquer les quatre grands de Seattle, dont un Pearl Jam apparemment peu apprécié par le très indé Azerrad (un truc comme "platinum album factory Pearl Jam", je paraphrase).

Ceux qui ont vu Sonic Highways connaissent déjà partiellement les histoires de Ian MacKaye et Steve Albini (mais on ne connaît jamais assez de Steve Albini), mais quiconque s'intéresse un peu au sujet doit lire ce livre, c'est vraiment passionnant. Et moi, j'ai appris pas mal de choses sur des groupes que je connaissais moins, comme les Butthole Surfers ou Beat Happening, qui ont contribué au développement de la scène riot grrrl d'Olympia (XWayne alert).

Voilà, lisez ce livre mais n'attendez pas la traduction en français.
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Lun Juil 13, 2015 8:50 am

Perfidia de James Ellroy

Ah ! James ! Bravo ! Merci quelle Maestria ! 800 et quelques pages de pur bonheur, un sens du récit qui a fait ta notoriété, une galerie de personnages de dingues ! Tous frappés, fragiles, torturés, sur le fil, perdus, égarés entre les bassesses, la grandeur d'âme, le sens du profit, cette Amérique fracassée par le bombardement de Pearl Harbor, cette vindicte contre les japonais, ces griefs ancestraux entre les chinois et les japonais.

Et cette ville de Los Angeles, tentaculaire, semblable à un immense réseau cérébral dans lequel se croise tous les protagonistes et dans laquelle se tend des pièges, des embuscades, des rencontres amoureuses, cette ville semble être le personnage principal du roman et pourtant, le grand James nous sort des portraits de femmes magnifiques vénéneuses et sensuelles, une grande réussite.

James a grandi, mûri, il fait fi de la violence omniprésente et un peu caricaturale dans certains de ses ouvrages, il sort des phrases ciselées au laser ou au fusil à pompe Ithaca, c'est selon.

Pour ne pas finir, l'intrigue est superbe, les personnages sont superbes, c'est dans une certaine mesure le Chinatown de Polansky en livre.

C'est l'été, au lieu de lire un polar, lisez un chef d'oeuvre.

James après son oeuvre culte, nous fait le coup du rachat de la franchise Star Wars par Walt Disney, il nous sort l'épisode 8, dernier prélude en date de son quatuor de Los Angeles, sauf que lui il n'a rien vendu, il s'est offert la place de meilleur auteur de polar dans mon Panthéon.
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Re: Vos Lectures

Message par XWayne » Dim Août 02, 2015 11:27 pm

Le Joueur de Dostoïevski.

Premier roman que je lis de l'auteur, choisi d'après le nombre de pages réduit (Crime et Châtiment ou autre, on verra plus tard), j'ai bien accroché: dès les premiers paragraphes, on sent que cela va parler d'addiction au jeu et à l'amour, et en effet c'est bien de cela qu'il s'agit, mais avec un twist.
Le personnage principal (à priori représentation de l'auteur pour des éléments autobiographiques) est plus souvent spectateur, ou "victime" des évènements. Et quand il agit, contre toute attente, tout semble marcher dans son sens. Mais bon, il faut bien que cela foire à un moment, le jeu c'est mal.
Bref, le roman m'a semblé atteindre la conclusion attendue, tout en empruntant un chemin surprenant. Le sérieux des premiers chapitres est complètement renversé par le burlesque d'un personnage sortant (presque) de nulle part, redistribuant les cartes et les rôles. Et les étrangers (i.e. les non russes), c'est tous des cons.
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Re: Vos Lectures

Message par CrazyHorse » Lun Août 03, 2015 10:54 pm

XWayne a écrit :Le Joueur de Dostoïevski.

Premier roman que je lis de l'auteur, choisi d'après le nombre de pages réduit (Crime et Châtiment ou autre, on verra plus tard), j'ai bien accroché: dès les premiers paragraphes, on sent que cela va parler d'addiction au jeu et à l'amour, et en effet c'est bien de cela qu'il s'agit, mais avec un twist.
Le personnage principal (à priori représentation de l'auteur pour des éléments autobiographiques) est plus souvent spectateur, ou "victime" des évènements. Et quand il agit, contre toute attente, tout semble marcher dans son sens. Mais bon, il faut bien que cela foire à un moment, le jeu c'est mal.
Bref, le roman m'a semblé atteindre la conclusion attendue, tout en empruntant un chemin surprenant. Le sérieux des premiers chapitres est complètement renversé par le burlesque d'un personnage sortant (presque) de nulle part, redistribuant les cartes et les rôles. Et les étrangers (i.e. les non russes), c'est tous des cons.


On peut pas liker ici?
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Ven Août 07, 2015 6:41 pm

Une terre d'ombre, Ron Rash
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Sam Sep 26, 2015 8:02 am

Pastorale américaine, Philip roth

C'est beau, ca prend son temps, c'est d'une intelligence, bourré de moments stylistiques magnifiques, d'un début de roman superbe, ca tourne autour d'une saga familiale gravitant autour d'une société qui change mais cette familiale souhaite rester en dehors du champ gravitationnel. Et au retour d'une révolution les choses vont devenir plus complexes autant pour la famille que pour le lecteur.
On parle d'un livre sur le rêve américain et sa perte, oui, oui moi j'y vois également un livre magnifique sur le passage complexe de l'enfance à l'adolescence symbolisée par l' héroïne symbolisant elle même les USA, il y a des dialogues entre père et fille qui sont tellement justes et vrais. Les discussions de salon évoluent il y a quelques touches subtiles historiques qui ponctuent et datent le roman (un peu à la manière de Fincher dans zodiac).
Les personnages et leurs tourments sont magnifiques, Roth signe là un grand grand roman
Dernière édition par strummer le Jeu Oct 01, 2015 2:23 pm, édité 1 fois.
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Jeu Oct 01, 2015 2:21 pm

Blanche-Neige doit mourrir, Nele Neuhaus


Y avait une action, 2 livres achetés un gratuit. J'ai pris 2 Roth et le 3eme je l'ai choisi à cause de sa couverture, son épaisseur, son prix et la maison d'édition Babel. Voilà vous savez tout. Je suis près de mes sous, sensible au beau et fidèle à Babel et j'aime les rimes riches.

L'Allemagne et le comte de Monte-Cristo ou Derrick par Claude Chabrol

Ça se passe chez nos voisins les allemands. (Rassurez-vous je ne vais pas tout vous raconter, juste le pitch comme disait un copain à moi qui bossait dans la brioche).

Un jeune homme revient dans son village natal après avoir purgé non pas un radiateur mais 10 ans de prison. Là c'est pas la fête au village vu que pas grand monde voit d'un bon œil le retour de ce banni. Y a du poulet teuton, des Mercedes, pas de VW les salauds ont caroté leur diesel, de la famille traditionnelle allemande, de la bière et des saucisses, il y a aussi la
vie d'un village et de la petite bourgeoisie et aussi la quête d'un homme face à sa réinsertion dans un bled qui manifestement ne veut pas/plus de lui.

Où la littérature oscille entre les romans pour ados, la
Collection Harlequin et un je ne sais pas si c'est du polar ou du cochon

Ça se lit vite, vite et c'est plaisant. C'est pas bien écrit et c'est pour ça que ça se lit vite, les personnages sont sympas, l'intrigue est pleine de rebondissements, mais le livre n'est pas exempt de phrases toutes moisies et de psychologie à 3 marks.

Alors ?

Amateur de polar noir passez votre chemin, adolescent foncez dessus, amateur d'amourettes et de petits casse-tête vous pouvez y aller, car ce n'est pas trop violent voire soft, une bonne entrée en matière dans le genre
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Re: Vos Lectures

Message par XWayne » Sam Oct 03, 2015 3:10 pm

Perfecting Sound Forever, an aural history of recorded music de Greg Milner.

J'avais souvent lu des mentions de ce livre sur différents forums, par rapport aux problématiques de loudness war ou l'évolution des techniques d'enregistrement, et effectivement ce livre est très instructif sur l'évolution de la musique enregistrée.

Très détaillé concernant les acteurs de cette évolution, et parfois assez technique, le livre couvre (entre autres) les débuts de l'enregistrement sur cylindre, le passage sur les disques, l'origine du 33/45 tours, l'apparition de la bande magnétique (prise de guerre suite à la défaite de l'Allemagne nazie) et du multi-pistes, l'avènement du numérique, la démocratisation de ProTools et la compression mp3.

Mélangeant histoire et considérations qualitatives, l'auteur apporte des éléments objectifs pour distinguer les qualités et défauts de chaque support ou technique, mais également l'impact sur la musique telle qu'elle est jouée (rejoignant ainsi le livre How Music Works de David Byrne). De nombreux exemples plus ou moins connus illustrent les différentes évolutions, avec Californication des RHCP comme illustration inévitable de la loudness war. Et forcément, on retrouve Steve Albini dedans, ou même Pearl Jam, avec leur expérience revendiquée "auto-érotique" sur Spin the Black Circle.

Utilisateur de ProTools à titre perso pour faire des démos dans ma chambre, ce bouquin m'a convaincu que si j'enregistre de nouveau avec un groupe, je veux faire ça sur bande magnétique, sans corrections et edits dans tous les sens.
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Re: Vos Lectures

Message par Denis » Dim Oct 04, 2015 10:58 am

faut que je lise ça, merci!
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Denis
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Re: Vos Lectures

Message par strummer » Mar Oct 06, 2015 10:41 pm

Dernier appel pour les vivants, Peter Farris

C'est le 1er polar de cet auteur réunissant tous les ingrédients du genre, un membre de la fratrie aryenne effectue un braquage dans une banque et s'enfuit avec le magot en prenant avec lui un otage. Seul problème ces "potes" de la fratrie aryenne n'étaient pas au courant qu'il n'allait pas les convier au partage du butin.

Ça se passe en Géorgie, il fait chaud, le temps est à l'orage.
Belle galerie de personnage errant dans l'alcoolisme, la survie à la petite semaine, le récit est classique alternant les points de vue des différents protagonistes.

Le tour de force de ce premier polar c'est l'extrême richesse des situations rencontrées, il y a une scène hallucinante dans une église remplie de dévots et de serpents à sonnette, des gunfights très bien rendus.

Un polar de bonne facture, avec un petit syndrome de Stockholm en plus, des incursions dans l'univers carcéral et des cliffhangers saisissant, c'est hautement recommandable, l'écriture est nerveuse, vraiment un bon moment de lecture.
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