A quelques heures du concert d'Alice au Bataclan, et peut être pour avoir la conscience tranquile et en profiter à fond, un petit retour sur Layne.
1992. En accompagnant un groupe d'amis voir Singles au ciné, j'ai découvert ce type dans la vidéo de Would?, qui ouvrait le film. Sa tronche de diablotin à barbichette et lunettes noires, son tee-shirt à la Freddy Krugger et sa façon de se cramponer au pied de micro tout au long de ce titre superbe m'ont impressioné. A la sortie du film, j'ai lâché mes potes pour acheter Dirt, et j'ai pris Facelift avec ! Quelques semaines plus tard, j'affichais fièrement ma propre barbichette ! Je n'allais plus lâcher ce groupe, en restant malheureusement spectateur de la descente aux enfers de Staley. En revisionnant le DVD Music Bank, on peut voir à quel point il se décharne de vidéo en vidéo. Orbites creusées, paupières sombres, regard vide. Bien sûr, ça collait avec l'ambiance musicale, mais Staley, très rapidement, ne jouait plus.
Pourtant quelle voix, quelle aura et quel charisme. Sa façon de s'afficher en clochard christique, sa simplicité sur scène et son implication vocale étaient remarquables. Il était capable de grandes performances vocales, comme le prouvent les titres I Stay Away, ou encore Rain When I Die. Et puis il a chanté de moins en moins, laissant l'espace à son pote de toujours, Jerry Cantrell. Sa prestation sur le MTV unplugged est sortie d'outre-tombe, Layne était déjà mort.
Etrange parcours, si prévisible, si écrit. Quelques titres évocateurs : "We die young", "Sickman", "Junkhead", Layne ne cachait rien, et était parfois à la limite de l'appologie de son addiction : "You can't understand a user's mind, but try with your books and degrees. If you let yourself go and open your mind, I'll bet you'll be doing like me, and it's not so bad" (Junkhead). Il décrivait également sa souffrance "I can see the end is getting near, I won't rest until my head is clear" (Sickman), sans ambiguité sur l'issue de l'histoire (Down in a Hole ou Angry Chair).
Layne navigait entre lucidité froide et vertigineuse, et interrogation impuissante, désespérée (What the Hell Have I ?)
Pourtant l'album éponyme suivant semblait illustrer la volonté de Layne de survivre "In the darkest hole, You'd be well advised not to plan my funeral before the body dies" (Grind), mais si le corps était encore debout, le reste était déjà bien loin, et l'album se termine par Over Now. Dernier tour de piste.
Je ne sais pas si il pleuvait à Seattle quand il a lâché son dernier souffle, mais sûr que ce soir, nous serons nombreux à le regretter, sans aucune animosité pour William DuVall, et en prenant un maxi pied de retrouver Alice In Chains .
Bien à toi, fucker.
