par Hisham » Dim Déc 06, 2009 2:22 am
Comme promis :
ALICE IN CHAINS
Le Bataclan, Paris, France, 04 décembre 2009
20h30. Enfin, la lumière de la familiale salle du Bataclan s’éteint. Le drapeau bleu blanc rouge flottant sur l’écran de fond de scène, aux allures de campagne présidentielle, commençait à saouler autant que le douteux speed métal du DJ. Heureusement, il restait possible de se distraire en comptant les tee-shirts : net avantage à Alice, bien sûr, mais on pouvait noter de nombreux Pearl Jam et Soundgarden dans l’assistance. Mon FNM se la jouait rebelle.
Le noir tombe donc, et le cœur du dernier album bat sur l’écran. Puis l’on nous sert un mix des images les plus sombres des clips du plus « hard-rock » des groupes phares du grunge made in Seattle. Les images se succèdent sur fond de ce court titre caché qui précède Angry Chair sur Dirt, sorte de délire bruitiste où Mr Arraya, de Slayer, poussait la chansonnette ! C’est dans cette ambiance qu’apparaissent, dans l’ordre, Sean Kinney, William DuVall, Jerry Cantrell et Mike Inez, tous de noir sobrement vêtus, jeans tee-shirts. Pas un mot, et la basse de Mike Inez vrombit déjà comme un 38 tonnes pour les premières mesures de Rain When I Die, du lourd, sous des hurlements de bonheur dans la foule. DuVall est déjà très en voix, et place le difficile refrain au juste niveau. Jerry est dans la retenue, tout juste s’avance t-il sur le bord de scène pour placer un solo. Avec l’âge et sous l’effet des projecteurs, il ressemble de plus en plus à Johnny Winter. Il semble serein, sûr de son art, mais reste concentré. Inez a déjà la tête enfouie sous ses longs cheveux noirs bouclés, et envoie à fond sur une basse toujours trop grande pour le petit gringo. Kinney frappe, bien sûr, mais c’est William DuVall que l’on observe le plus. Il donne déjà beaucoup, s’implique, et veut impliquer (un peu trop ?) le public. Il n’a pas le charisme malsain de son défunt prédécesseur, ni son timbre si particulier, mais il assure, chante juste, avec plus de coffre que ne pourrait le laisser croire sa frêle silhouette. Il gagnerait juste à un peu plus de sobriété sur scène, pour retrouver ce côté pesant des ambiances scéniques d’Alice In Chains. Suivent Them Bones et Damn that River, gros triptyque pour démarrer, c’est déjà très chaud dans la fosse. Le son est bon, pas trop fort, la caisse claire un peu aiguë peut-être, mais la basse est géniale. "Bonsoir Paris, ça va ?" Le premier titre non Dirt est Again, de l’album éponyme AIC (le seul d'ailleurs). Les Yeaah – Tootoot, Yeaah – Tootoot maintiennent la pression. Lesson Learned, du dernier album, fait un peu retomber l’ambiance car plus linéaire, bien que très agréable sur album. Heureusement, ils dégainent Check My Brain, très entraînant, et qui voit Jerry se lâcher un peu plus. DuVall joue plus (et sans doute mieux) de guitare que Staley, et cela doit donner plus de liberté à Cantrell. Sur Love Hate Love, Duvall fait le show, très fort, et est félicité par Inez à la fin de ce superbe morceau atmosphérique, accompagné d’une rose géante sur l’écran et joué un peu plus lent et lourd que l'original. It Ain’t Like That, même bien jouée, passe un peu inaperçue, et le duo vocal DuVall – Cantrell reprend ses droits sur A Looking In View, lourd à souhait.
Le band fait place aux tabourets, puis vient s’asseoir dessus, pour l’évident break unplugged, et ça clope toujours autant sur scène. Your Decision est très claire, malgré une plante guitare de DuVall vers la fin, mais c’est No Excuses qui impressionne par ses harmonies, son rythme, du très haut niveau. Jerry, après s’être inquiété de savoir s’ils ne nous avaient pas endormis, présente « our good friend » William DuVall, qui reçoit un tonnerre d’applaudissements insistants, comme pour lui dire « bienvenu, pas de problème, vas-y mon gars ». Le guitariste fondateur d’AIC présente ensuite « quelque chose Cinco Mike Inez » (il prononce Aïnez pour se moquer), Sean Kinney, puis lui-même, pour finir sur un ferme « and WE are Alice In Chains ». Black Gives Way to Blue est alors subtilement annoncée : « This next song is for another member of Alice In Chains. » Rien à redire sur cette balade, sur laquelle Kinney passe au xylophone pour remplacer le piano d’ « El Tonne » John. Sur le dernier « I remember you », Layne apparaît sur l’écran, lunettes noires, petit sourire et clope au bec, il tourne la tête mais nous salue de la main, d’un V, et l’image se fixe, sous les hourras. Nous avions tous envie de célébrer Staley, c’est fait. Ce n'est pas une image éculée que de dire que son ombre planne sur tout le concert. Emotion palpable.
Il faut donc virer les tabourets et remettre le feu, et c’est le très métallique Last of My Kind qui s’en charge, préparant le terrain pour le superbe We Die Young, repris en chœurs de bout en bout. DuVall multiplie les appels de la main vers le public, qui en remet une couche. Mon voisin tente d’hurler plus fort que moi, le fourbe ! Les solos de Cantrell sont très bons, justifiant son statut de grand technicien, pourtant peu compatible avec l’image initiale du grunge. Le vicelard Acid Bubble, malgré ses longues plages de calme, ne laisse que peu de répit avant le monumental Angry Chair, et sur l’écran, un couloir d’asile infini nous emmène irrémédiablement vers Man in the Box, premier hymne du groupe, et son bestiaire fermier en vidéo.
Le groupe nous salue une première fois, et revient 5 minutes plus tard pour… Nutshell. J’adore cette chanson, qui fut ici très bien interprétée, mais j’avoue ne pas avoir retrouvé la magie de l’originale. Les absents ont toujours tort. Autre morceau culte, Would? est également, à mon sens, un des plus grands titres de heavy rock, et la façon dont les derniers mots « If-I-Would-Could-You ? » ont été plaqués au fer rouge par le groupe, la régie lumières ET le public aurait pu terminer le concert en beauté. Mais ils choisissent de clore par Rooster, avec la vidéo originale et les souvenirs du Vietnam de Papa Cantrell, avant de prévenir toute polémique par un NO WAR sur l’écran vidéo. Dernières salutations, larges sourires des membres du groupes, visiblement ravis, distribution de médiators et de sticks, un « J’adore Paris » de DuVall, et bye-bye.
Au bilan, un excellent concert de métal, bien qu'assez classique finallement. Comme tout fan, je regrette l'absence de certains titres comme Bleed the Freak, le récent Private Hell, ou le très rare What the Hell Have I, que je juge être une des meilleures chansons d'AIC. Quand même un grand plaisir à réentendre tous ces superbes titres des 90ies et les nouvelles chansons, très bonnes, mais également une véritable tristesse, sous la pluie au retour, en imaginant à quel point cela aurait été grand avec Layne. Pourtant, il n’y à rien à reprocher à DuVall, qui a, en plus d’assurer au micro, le mérite d’avoir permis la reformation du groupe. Alice In Chains prend son pied, c’est là le principal. Staley aurait sûrement apprécié.